Dessin, eau-forte et trait imprimé
Dessiner, au sens simple, c'est faire des marques sur une surface en y pressant un outil ou en traînant un outil en travers. L'outil fait partie de la définition. Sans outil, on rangerait la même activité sous un autre nom. Le dessin graphique est un dessin guidé par un instrument : une règle, un compas, un burin, plus tard un traceur. La main y est encore. L'instrument garde la marque honnête.
Un dessin peut être l'étude d'un visage particulier. Vers 1510, Leonardo da Vinci a fait un portrait à la sanguine, une craie rouge, sur papier. C'est peut-être une image de l'artiste lui-même. La personne qui pose n'est pas l'important. Un dessin de cette sorte est déjà un graphisme complet : un outil, une seule couleur de trace, une feuille, et une personne qu'un spectateur peut reconnaître cinq siècles plus tard.
Multiplier l'image
Un dessin n'existe qu'en un exemplaire, jusqu'à ce que quelqu'un l'imprime. L'impression de bois gravé qui comporte des images apparaît d'abord en Chine, après l'invention du papier, vers 105 apr. J.-C. En Occident, les techniques principales ont été la gravure sur bois, la gravure au burin et l'eau-forte, mais il y en a beaucoup d'autres. Chacune répond à la même question pratique. Comment faire l'image plus d'une fois, sans demander à l'artiste de la dessiner de nouveau, à partir de rien ?
L'eau-forte est un procédé de taille-douce. L'image est incisée dans la surface d'une plaque de métal à l'aide d'un acide. L'acide mange le métal. Il laisse des plages rugueuses ou, si le métal à nu n'est qu'un trait mince, brûle ce trait dans la plaque. L'encre se loge dans les morsures. Le papier la prend. On estime que l'emploi du procédé dans l'estampe a été inventé par Daniel Hopfer d'Augsbourg, qui a vécu d'environ 1470 à 1536 et décorait ainsi des armures avant que l'idée ne passe sur des plaques de cuivre destinées au papier.
La même morsure d'acide s'est révélée utile loin de l'imprimerie. L'eau-forte sert aussi à la fabrication des circuits imprimés et des dispositifs semiconducteurs. L'image d'un circuit, réduite et répétée, devient le circuit. C'est un graphisme dont on peut mesurer les conséquences avec un appareil de mesure.
Dessin au trait
Le dessin au trait est un terme au contour flou. Il désigne toute image faite de lignes droites et courbes distinctes, placées sur un fond, d'ordinaire uni, sans dégradés d'ombre ni de teinte qui tiendraient lieu d'un objet à deux dimensions ou à trois. Le dessin au trait est en général monochrome, même si les lignes elles-mêmes peuvent avoir des couleurs différentes. Un schéma de câblage est un dessin au trait. Une grande part de l'illustration technique aussi, et le genre de logo qui doit survivre quand on le tamponne, qu'on le brode ou qu'on le découpe dans du vinyle.
L'absence d'ombre est le but, pas un échec. L'ombre est une information, et c'est aussi une ambiguïté. Un trait dit où est le bord, puis s'arrête. Quand le travail consiste à montrer le bord et rien d'autre, l'ombre gêne. Plus tard, quand les ordinateurs ont repris le même problème, le dessin vectoriel a hérité de cette économie. Images planes et SVG sont, sur la machine, les versions d'une décision que l'estampe avait déjà prise.
Illustration
Une illustration est une représentation visuelle, un dessin, une peinture, une photographie ou un autre ouvrage, qui insiste sur le sujet plus que sur la forme. Le but est d'élucider ou d'orner un récit, un poème, ou un texte comme un article de journal, à la manière traditionnelle, en donnant un compte visuel de quelque chose que les mots ont déjà nommé. Le dessin de presse, qu'on appelle aussi caricature politique, est une illustration qui porte un message politique ou social. Cela reste une illustration. Le message ne la place pas dans une autre classe d'objets.
On trouve des illustrations dans plus de tâches qu'on ne s'y attend :
- donner un visage à un personnage d'une histoire
- montrer plusieurs exemples d'une chose décrite dans un manuel
- disposer les étapes d'un manuel technique pour que l'ordre soit visible
- porter un ton que la prose ne fait qu'indiquer
- lier une marque à une idée de fabrication, à une personne particulière, à une manière de travailler
- faire rire un lecteur
Le dernier de ces rôles est facile à écarter et difficile à remplacer. Une plaisanterie qui dépend d'une image échoue si l'on n'a que la légende. Où le graphisme sert prolonge cette idée dans la publicité et la politique. Graphiques, cartes et photographies prennent l'autre embranchement, là où l'on demande à l'image de rendre compte plutôt que de commenter.
